jeudi 17 novembre 2016

Sexualité, parenté, politique et religion

Sexualité, parenté, politique et religion. Idées globales, pratiques locales, XVIe-XIXe siècle


Appel à communications

Le colloque qui se tiendra à l'université de Lausanne en Suisse les 24 et 25 mars 2017 a pour objectif de relancer la réflexion sur les rapports entre politique, religion, parenté et sexualité dans toute leur complexité, en privilégiant une dimension sociale du domaine sexuel, c’est-à-dire en tenant compte des pratiques des groupes observés, de leurs conditions de vie concrètes ainsi que des stratégies subjectives déployées par les acteurs-actrices de la vie sexuelle.


ANNONCE

Problématique générale

L’histoire de la sexualité a connu pendant les dernières décennies un développement considérable, qui a été accompagné par une rapide multiplication des angles d’approche et des méthodes de recherche. Toutefois, si le succès des démarches d’inspiration culturelle a été retentissant, nous constatons une certaine difficulté à se renouveler dans le domaine de l’histoire sociale.

Depuis les ouvrages fondateurs de Philippe Ariès, de Jean-Louis Flandrin ou de Michel Foucault, les historien-ne-s se sont souvent interrogé-e-s sur les rapports entre le domaine de la sexualité et les pouvoirs en place. Toutefois, ils/elles l’ont le plus souvent fait de façon très générale, à un niveau très élevé d’abstraction, en proposant - à l’instar de Foucault ou de Thomas Laqueur - des modèles macro-historiques qui se souciaient peu des différences de classes ou des pratiques de groupes spécifiques. Par ce biais les femmes et les hommes concrètement impliqués dans des relations sexuelles tendaient à s’effacer ou à apparaître uniquement comme objets de politiques étatiques, de discours savants ou bien comme des masses réagissant aux évolutions économiques ou sociales. Cela vaut en particulier pour les femmes et les hommes des groupes populaires, pour lesquels les sources sont rares et le plus souvent fragmentaires.

Cette orientation a eu entre autres pour conséquence de négliger les différences entre cultures sexuelles locales, influencées par des facteurs économiques, sociaux, mais aussi politiques, religieux et culturels différents.

De l’autre côté, plusieurs études récentes en histoire, en sociologie et anthropologie ont mis en lumière les interconnexions entre confessions ou idéologies politiques et comportements sexuels, par exemple dans le domaine de l’adoption de la contraception ou des comportements illicites. Comment pouvons-nous approfondir la réflexion sur le rapport entre sexualité, politique et religion, en tenant compte du patrimoine culturel, des expériences et des désirs des acteurs et actrices?

D’un autre point de vue, la sexualité a depuis toujours été liée à certaines conceptions et à certaines pratiques de la famille et de la parenté, qui ont foncièrement des implications politiques et religieuses. Comment pouvons-nous conceptualiser les relations entre ces différents domaines historiques ?

Notre colloque a comme objectif de relancer la réflexion sur les rapports entre politique, religion, parenté et sexualité dans toute leur complexité, en privilégiant une dimension sociale du domaine sexuel, c’est-à-dire en tenant compte des pratiques des groupes observés, de leurs conditions de vie concrètes ainsi que des stratégies subjectives déployées par les acteurs-actrices de la vie sexuelle. Dans cette perspective il est légitime de se demander dans quelle mesure certains comportements sexuels non conformes ou « déviants » ont été des moteurs d’innovations sociales, politiques ou culturelles.

La réflexion autour des articulations entre sphère politique-religieuse et comportements sexuels ne considère donc pas uniquement les interventions de l’Etat ou des Eglises sur les populations - du haut vers le bas - mais devrait mettre en lumière les effets concrets des politiques institutionnelles sur des groupes choisis, en s’interrogeant également sur les interactions entre comportements sociaux, conceptions populaires et action des pouvoirs.

Cette perspective devrait en même temps tenir compte de la diversité des contextes historiques et sociaux, des classes et des milieux.

Angles d’approche et interrogations

Toute contribution est la bienvenue pourvu qu'elle développe une réflexion sur le rapport entre sexualité, politique, parenté et religion. Les thèmes abordés pourraient se rattacher, de manière non exclusive, aux domaines suivants :
  • Quelles sont les sources écrites (ou figurées) susceptibles de nous ouvrir de nouvelles dimensions dans l’histoire de la sexualité et de la parenté, dans leur rapport avec la politique et la religion ?
  • Quelles nouvelles approches et méthodes, centrées sur les acteurs-actrices de la vie sexuelle et tenant compte de la dimension politique, ont fait leurs preuves ?
  • Dans quelle mesure certaines conceptions ou certaines pratiques de la famille et de la parenté sont liées à des comportements ou à des caractéristiques sexuelles spécifiques ?
  • Quels sont les effets concrets des politiques mises en place par les pouvoirs sur des groupes choisis ?
  • Les facteurs idéologiques ou de « mentalité » – soient-ils de nature politique, religieuse ou autre - peuvent-ils contribuer à expliquer les différences entre cultures sexuelles spécifiques ? De quelle façon ces facteurs ont-ils eu une influence sur les comportements sexuels de groupes choisis ?
  • Dans quelle mesure la construction et l’évolution d’identités sexuelles différentes ont-t-elles été liées à des conceptions ou à des allégeances politiques ou confessionnelles particulières ?
  • Dans quelle mesure les stratégies des acteurs et des actrices de la vie sexuelle (par ex. dans le domaine de la sexualité illicite, de la contraception, de l’homosexualité…) ont-elles suscité des réponses politiques ? Dans quelle mesure pouvons-nous parler, à ce propos, d’interactions entre les pouvoirs et des groupes sociaux concrets ? Dans quels cas les politiques sexuelles ont-elles été une réponse à une demande sociale ?
  • La formation de milieux sexuels spécifiques a-t-elle eu des implications politiques (religieuses, culturelles) ?
Modalités de participation

Merci de bien vouloir nous faire parvenir vos propositions (env. 2500 signes) à l’adresse suivante : Sandro.Guzzi-Heeb@unil.ch
jusqu’au 30.11.2016.

Les contributions pourront être présentées en français ou en anglais (éventuellement en allemand).

Responsable
Sandro Guzzi-Heeb, Maître d’enseignement et de Recherche, Université de Lausanne.

Organisation 
Sandro Guzzi-Heeb,
Aline Johner,
Chiara Mascitti,
Lucas Rappo (Université de Lausanne),
Loraine Chappuis (Université de Genève)

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